une leçon de fidélité
Bien plus que toute autre fête du calendrier hébraïque, la célébration de Chavouot est marquée principalement chez les uns et les autres par l’étude de la Torah, en commémoration du don de la Loi sur le mont Sinaï.. On sait que les kabbalistes de Safed ont instauré, au XVIème siècle, la tradition de « la nuit de l’étude » au cours de laquelle on donne lecture de certains textes de la Bible ainsi que de citations du Zohar. Cette profonde signification de Chavouot – parmi d’autres - correspond en vérité à l’un des objectifs majeurs que les responsables du Consistoire sont résolus à développer, coûte que coûte, au cours des prochaines années. Parce que nous considérons que sans l’étude et sans un retour à ce qui a, de tout temps, caractérisé nos diverses communautés, nous ne saurions avoir un quelconque avenir. Nous devons par tous les moyens faciliter pour nos jeunes l’accès à leurs textes traditionnels qui constituent la grande richesse de notre patrimoine spirituel. Nous sommes le peuple du livre et de la transmission.
On sait que, depuis des siècles, s’est établie la coutume selon laquelle les études religieuses des jeunes enfants commencent à cette époque de l’année. Il nous faut nous ressourcer dans ces études et ne pas cesser de transmettre à nos enfants comme nos aînés l’ont fait avec nous. C’est ainsi – et ainsi seulement – que « le triple fil de la pérennité » qu’évoquent nos maîtres ne sera pas rompu.
J’ajoute enfin que cette célébration de Chavouot met en exergue l’un des personnages les plus forts et les plus émouvants de la tradition juive : celui de Ruth qui, aura, la première dans notre histoire, exprimé sa fidélité et son affection au peuple et à la foi de Naomi. ainsi que l’amour que lui inspirent les traditions d’Israël : « Ton peuple sera mon peuple, ton Dieu sera mon Dieu ».
Ruth était une étrangère, une Moabite. Et c’est pourtant d’elle que nous recevons, année après année, une belle leçon : celle de la fidélité à foi d’Israël qui nous a permis de traverser l’histoire et de demeurer un peuple.
Bonne fête à
Joël Mergui
Président
Du don à la réception
Quarante neuf jours après Pessah, les enfants d’Israël ont été témoins du phénomène le plus extraordinaire de tous les temps : Le Saint, béni soit-Il, s’est révélé à tout un peuple.
Arrêtons-nous sur cet événement grandiose, pour en mesurer la teneur ! Comme l’enseigne Rabbi Yéhouda Halévy dans son Kouzari, les religions sont fondées sur le témoignage d’un seul homme se disant dépositaire de la parole divine, mais à Chavouot c’est toute une collectivité qui fut haussée au niveau prophétique : hommes et femmes ; enfants, adultes et vieillards ; Hébreux et non-Hébreux convertis par Moïse.
Lorsque nous disons dans la prière que Chavouot est zéman matan toraténou « le temps du don de notre Torah », il nous faut bien comprendre que la Torah est « notre » Torah, en tant que collectivité selon le verset biblique : « La Torah que Moïse nous a ordonnée est l’héritage de la maison de Jacob ».
Cette « maison de Jacob » ne doit pas s’entendre comme la seule génération sortie d’Egypte, mais comme l’ensemble des générations depuis le mont Sinaï, jusqu’à nous, les Juifs d’aujourd’hui. En d’autres termes, à Chavouot, il ne s’agit pas d’être spectateur d’un événement antique - nous ne sommes pas des archéologues de la mémoire - mais nous sommes invités à recevoir, à notre tour, la Torah qui est « notre Torah ».
Cette idée permet d’éclairer deux termes apparemment synonymes. En effet, pour parler de la tradition, nos sages utilisent deux vocables : massorah et kabbalah. Le premier terme désigne le don – celui de D. pour Moïse ou du maître pour le disciple -, le second souligne l’acceptation du disciple. En proclamant Chavouot « temps du don de la Torah », nous mettons l’accent sur la transmission ; à nous, Juifs d’aujourd’hui, d’être de bons récipiendaires en acceptant la Torah, pour en faire notre chemin de vie.
Hag Saméah,
David Messas
Grand Rabbin de Paris